Santé mentale chez les hommes : briser le silence et demander de l’aide

Au Québec, le nombre de suicides atteint une moyenne de trois par jour, et trois fois plus d’hommes se suicident que de femmes. Malheureusement, les sujets du suicide et de la santé mentale sont encore tabous, particulièrement les hommes.

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En 2009, ça faisait 3 mois que j’étais enfermé chez moi […]. Je faisais des troubles paniques à répétition […]. Surtout en tant qu’homme, je n’allais pas chercher de l’aide. J’avais peur du jugement.

La pression sociale sur les hommes 

Dès l’enfance, plusieurs hommes apprennent, parfois sans même s’en rendre compte, qu’ils doivent être forts, autonomes et garder le contrôle de leurs émotions. Ces attentes sociales liées à la masculinité peuvent rendre plus difficile le fait de parler de sa détresse ou de demander de l’aide.

Dans plusieurs milieux, exprimer sa tristesse, sa peur ou sa vulnérabilité peut encore être perçu comme un signe de faiblesse. À l’inverse, des réactions comme la colère, l’irritabilité ou le repli sur soi sont parfois davantage acceptées ou banalisées chez les hommes.

Avec le temps, cette pression à devoir « rester fort » peut amener certaines personnes à cacher ce qu’elles vivent, à essayer de tout gérer seules ou à attendre avant de demander du soutien. Pourtant, garder sa souffrance pour soi peut augmenter le sentiment d’isolement, nuire à la santé mentale et parfois conduire à ressentir un mal de vivre et à avoir des idées suicidaires.  

Parler de ce qu’on vit, demander de l’aide ou exprimer ses émotions ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont des façons de prendre soin de soi.

Santé mentale des hommes : les conséquences de l’isolement et du silence

Quand ça ne va pas, il peut être tentant de garder ce qu’on vit pour soi, de s’isoler ou de se convaincre que ça finira par passer avec le temps. Certaines personnes peuvent aussi avoir l’impression qu’en parler à un proche ou à un·e professionnel·le ne changera rien à la situation.

Pourtant, lorsqu’une souffrance reste présente sans soutien ni espace pour en parler, elle peut prendre de plus en plus de place au quotidien. Avec le temps, cela peut :
 

  • augmenter la détresse et le mal de vivre

  • rendre plus difficile le fait de demander de l’aide

  • affecter les relations avec les proches, le travail ou les activités du quotidien

  • contribuer à l’apparition d’idées suicidaires
     

Même lorsqu'on ne voit plus d'issue


Pour beaucoup, il peut être impensable de s’imaginer aller mieux lorsque l’on vit une période sombre. Pourtant, de nombreuses personnes ont surmonté ces moments difficiles, comme en témoigne Jonathan Roberge lors d’une entrevue avec Barbara Leroux en 2024, lorsqu’il était confronté à des idées suicidaires :

 « J’allais commettre l’irréparable. J’ai vécu 15 belles années depuis […]. J’ai deux enfants. Je suis heureux […]. Je ne peux même pas concevoir que j’y ai pensé. Mais lorsque j’étais dans la noirceur, je ne voyais pas la solution. »
 

Qu’est-ce qui peut amener à avoir des idées suicidaires? 

Les raisons derrière les idées suicidaires varient d’une personne à l’autre, mais plusieurs situations de vie peuvent en être la cause, par exemple :  
 

Parfois, on souffre, mais sans savoir pourquoi. Il n’est pas nécessaire de connaitre les causes de son mal-être pour agir sur celui-ci. 

Agir différemment : pour soi et pour les autres

Vivre des périodes plus creuses est tout à fait normal, et il n’y a pas de honte à avoir. Dans ces moments-là, il est important d’agir et de poser des gestes qui nous aident à aller mieux.

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Composer avec ses émotions peut prendre plusieurs formes :  
 

  • Si on vit de la colère, on peut pratiquer un sport comme la course ou le vélo.

  • Si on vit de la tristesse et qu’on sent que pleurer ferait du bien, on peut écouter un film ou un artiste qui aide à faire sortir les émotions.

  • On peut passer du temps avec un membre de la famille, un ami ou un proche avec qui on se sent confortable.  
     

En se mettant en action, par exemple en prenant soin de sa condition physique, on influence positivement non seulement soi-même, mais aussi notre entourage.

La force au masculin 

La force et le courage peuvent être de grandes qualités. Elles nous permettent de protéger nos proches, de relever des défis et de progresser dans notre carrière. Plus encore, ces qualités peuvent nous aider à nous adapter en cas d’urgence.

Imaginons une situation où un 18-roues dérape et se dirige vers nous sur l’autoroute. Nous sommes forcés de réagir rapidement et d’exécuter une manœuvre que nous n’avions jamais tentée auparavant pour éviter un accident grave. 
 

Cette capacité d’adaptation est tout aussi importante lorsqu’on est confronté à des pensées suicidaires ou à un mal-être. La force et le courage peuvent nous aider à sortir de notre zone de confort et à prendre en main notre santé mentale.

« La force d’un homme aujourd’hui […] c’est aussi demander de l’aide, c’est fort demander de l’aide […] c’était correct être tough, de ne pas pleurer quand on chassait le mammouth […], mais là yen a pu de mammouth ! »

Pourquoi en parler?  

La parole est un outil puissant dans le processus de rétablissement, comme en témoignent ceux qui ont réussi à surmonter leurs épreuves. Jonathan Roberge partageait les impacts positifs d’avoir parlé de ses idées suicidaires dans une entrevue publiée en 2024 avec Marie-Claude Barrette: « À la seconde où je me suis senti validé, je me suis senti mieux. »   
 

Au départ, oser parler, ça demande de briser la glace. Si on ne se sent pas à l’aise de parler à son entourage, il existe des ressources spécialisées pour les hommes, ainsi que des professionnels formés spécifiquement pour aider dans ces situations.  

 

Pour parler avec un·e intervenant·e qualifié·e;
 

  • Textez au 53 53 53; 

  • Appelez au 1 866 APPELLE (1 866-277-3553);

  • Clavarder avec un·e intervenant·e sur suicide.ca.

La souffrance est temporaire

Il est important de se rappeler que cette souffrance est temporaire. C’est d’ailleurs ce que partage Michel Barrette quand il parle des idées suicidaires qu’il a eu à 25 ans à la suite d’une rupture amoureuse. Il ne voyait pas d’autres solutions à ce moment-là, mais il comprend aujourd’hui que cette détresse était temporaire. 

Dans une entrevue avec Richard Martineau dans les Francs-Tireurs, 20 ans après ses pensées suicidaires, M. Barrette disait : « Aujourd’hui, je suis le gars le plus heureux sur Terre ». Il rajoute qu’il aurait aimé que quelqu’un lui montre le fil de sa vie future au moment de ses idées suicidaires. 

Des actions pour aller mieux

Si vous n’êtes pas à l’aise de parler de votre situation pour le moment, voici d’autres actions que vous pouvez faire pour aller mieux : 
 

  • Pensez à un moment difficile que vous avez vécu dans le passé; comment vous en êtes-vous sortis ? Notez de 1 à 3 actions qui peuvent vous aider aujourd’hui, et faites-les dès que possible. 

  • Faites du sport ou toute autre activité qui vous fait du bien; 

  • Passez du temps avec quelqu’un avec qui vous vous sentez bien; 

  • Informez-vous sur les situations de vie qui peuvent causer des idées suicidaires;